Entre l’Aulne et l’Elorn, sur le versant ouest des Monts d’Arrée, il est un pays qui a longtemps dansé sans avoir besoin qu’on ne le nomme. La gavotte du pays Kernevodez n’avait besoin ni de nom ni de frontière ; elle vivait, simplement, parce qu’on la dansait. Elle vivait dans les corps, dans les pas, pied droit en avant !

Pourtant, ce terroir a failli se taire, mais avant que les derniers musiciens et chanteurs traditionnels se soient éteints, Gilles Le Goff est allé, depuis 1967, à la rencontre des anciens. Des noces aux fêtes locales, des veillées aux peur zorn, il a recueilli ce que le temps n’avait pas encore effacé. Il n’a pas simplement sauvé des mélodies : il a rendu un territoire à lui-même.

Il existe une forme particulière de cette gavotte : la gavotenn war ar zeienn ou danse « sur les rubans ». Danse de concours, où les juges offraient un flot de rubans aux couples les plus méritants. Des rubans pour dire : « vous portez cela avec vérité ». Au concours de 1ère catégorie à Saint-Brieuc, c’est ce même geste que nous rechercherons. 

Notre suite porte également une couleur venue d’ailleurs : le ragtime. Né au tournant du XXe siècle aux États-Unis, dans la tradition afro-américaine issue notamment du cake-walk dansé par les esclaves, il s’est développé autour du piano. La présence des soldats américains en Finistère pendant la Première Guerre mondiale, et avec eux l’arrivée du jazz, aurait, selon plusieurs musiciens collectés, influencé les airs traditionnels bretons. Les danseurs demandaient alors des mélodies plus modernes. Deux traditions séparées par un océan, mais réunies par une même manière d’habiter le rythme.

Samedi 14 mars, la voix de Gilles Le Goff sera parmi nous. Passeur plus que témoin, il portera cette mémoire, et nous lui donnerons un nouvel espace pour résonner. Au Bagad Ar Meilhoù Glaz, nous avons choisi de faire entendre la gavotte Kernevodez telle qu’elle a toujours été, vivante !
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